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Au fond de la vallée éloignée, où Saint Gens vécut des années, existent deux chapelles. Celle dédiée au saint, dite Grande Chapelle, aux dimensions d’église était à l’origine une petite construction, élevée vers 1131, peu après la mort du Saint ermite, sur l’emplacement d’un lieu de culte de source païenne. Ses dimensions s’étant avérées insuffisantes par rapport à la foule des pèlerins, on la reconstruit neuf ans plus tard. En 1884, d’importants travaux d’agrandissements furent entrepris. Toute la chapelle fut rasée, sauf la croisée du transept sous coupole, afin de bâtir autour une vaste construction. Cette coupole ornée des attributs des évangélistes d’un style un peu grossier, est très représentatif de son époque. Un peu plus loin se trouve la Chapelle du Tombeau élevée en 1680 sur les ruines d’une ancienne et à l’endroit où le corps de Saint Gens avait primitivement reposé.
La légende
En l’an 1104, naquit Gens Bournarel d’une famille de paysans. Il naît d’une mère que l’histoire nomme Berthe, Imberbe ou même Raimberte, il doit son prénom à des traits de caractère, car Gens, en langue d’Oc, signifie beau, gracieux, aimable. La ferveur d’une époque vouée aux croisades, aux cathédrales, aux ordres religieux surtout mineurs, a permis sans doute l’éclosion d’une vocation précoce. Le voilà, dès l’âge de quinze ans, prenant la route pour trouver un lieu sauvage de méditation.
Gens partit de Monteux, où il était né, vers l’est, vers ces massifs boisés qui formaient la limite du pays montilien.
Les Montiliens observaient un rite étrange: le jour de la Saint-Raphaël, après avoir accomplit la procession d’usage, récitient leurs prières, ils plongeaient la statue du saint dans l’eau du Ricavel pour s’attirer sa colère. Ils espéraient ainsi que celui-ci les inonderait d’une pluie abondante. Gens préféra fuir de tels mécréants !
Sa réputation fut définitivement acquise lorsqu’on apprit qu’une de ses vaches ayant été dévorée par un loup. Gens attela à la charrue le dit loup après l’avoir apprivoisé. Il entreprit un travail pénible de défrichement avec une araire tirée par un attelage étrange: une vache et un loup sous le même joug, suivi de longues heures de prières et de méditation, tel était son emploi du temps.
Depuis le départ de Gens, l’enfant de Monteux, le ciel oublia d’arroser le village.
Un jour, il fallut bien faire la relation entre la sécheresse et le départ de Gens.
On se précipita chez Bournarel, on supplia Raimberte de faire quelque chose, d’aller voir Gens, de lui expliquer le repentir de Monteux, d’avoir pitié des enfants qui mouraient de faim et de soif…
Et la mère de Gens se mit en route, vers ces lieux retirés.
Lesquels?...
Elle l’ignorait, la Providence guida ses pas. Elle retrouva son fils. Elle ne dû pas le solliciter longtemps car Gens était bon.
La mère assoiffée demande à son fils un peu d’eau. Gens n’a rien…
Alors, tel Moïse dans le désert, il touche de son doigt le calcaire et subitement s’écoule une eau fraîche et pure. Fontaine qui sut devenir miraculeuse et qui coule encore de nos jours, ce qui tient du miracle au pied de cette falaise aride et dans ce lieu désolé et pentu.
Gens retourna à Monteux où il fut reçu comme un triomphateur. A sa bénédiction, la pluie se mit à tomber.
L’abondance revint. Gens repartit, pardonnant sans doute, à ses concitoyens la sécheresse de leur cœur. Monteux revint à ses errances et oublia.
L’ermite retrouva sa retraite avec bonheur, ses méditations et son labeur quotidien.
Et puis, un jour les montiliens virent arriver un loup, celui de Gens, les invitant à le suivre. Ils comprirent que quelque chose de grave s’était produite. Arrivés dans la combe, ils découvrirent la dépouille du Saint, allongé dans la tombe qu’il avait lui-même creusée dans la pierre. Monteux comprit son erreur, implora son Saint et lui promit solennellement de revenir chaque année à pareille date, en pèlerinage de pénitence…
C’était un certain 16 mai…




